Projet Tandem Jeunesse #9
Alice

Réalisé par...

Annette auteur

Grande lectrice et accro d'histoires en tous genres, j'ai déjà eu "plusieurs vies professionnelles" avant de trouver le courage de me lancer dans ce que j'aime depuis toujours, l'écriture !

Gigi illustratrice

Auteure et illustratrice pour la jeunesse, j'aime raconter des histoires, que ce soit avec les mots ou les images. Cette passion ne date pas d’hier car dans ma chambre d’enfant, j'illustrais déjà des histoires que j'inventais dans de petits cahiers à spirales. Je redécouvre cette envie grâce à mon fils, en feuilletant ses premiers livres avec gourmandise, et décide de m’y consacrer pleinement ...

Informations

Livre (album, BD, ...)
Conte
7 - 12 ans, enfants scolarisés
environ 1946 mots, 7482 signes

Résumé

Alice est une petite fille rêveuse ; d'ailleurs, son livre préféré, c'est "Alice au Pays des Merveilles." Lapin Blanc est un employé surmené qui rêve de vacances. L'un et l'autre voyagent à travers le pays des merveilles en quête de quelque chose sans savoir précisément quoi. Et si c'était une quête d'eux-même ? Une histoire qui revisite le livre de Lewis Caroll pour raconter le délicat passage de l'adolescence et l'éternelle évasion à travers la lecture.

Illustrations

Texte

ALICE

 

(Alice)

 

Je m'appelle Alice. Quand je regarde dans le miroir, je vois des yeux bleus, des cheveux blonds et un visage de petite fille. Mais je n'aime pas les miroirs, et puis je n'aime pas les livres sans images. Ce que j'aime, ce sont les grands albums avec des images qui remplissent toute la page. Et aussi mon livre à moi, celui du pays des merveilles.

 

Toute la journée, je rêve. Pour rêver, j'ai une robe bleue et un endroit secret avec de l'herbe, un coin d'eau et des nuages. Je m'allonge dans l'herbe et je regarde les nuages qui passent dans le coin d'eau.

C'est là que j'ai vu le lapin blanc J'étais allongée dans l'herbe comme d'habitude, les yeux presque fermés mais pas tout à fait et je l'ai vu qui passait en courant devant moi.

Je savais ce que j'avais à faire. Je me suis levée et je l'ai suivi aussi vite que je le pouvais.

 

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(Lapin Blanc)

 

Je m'appelle Lapin Blanc. Quand je regarde dans le miroir, je vois des yeux jaunes, de longues oreilles fatiguées et une mine de papier mâché. Toute la journée, je cours après le temps. Pour ça, j'ai une montre à gousset, vieille, grosse et lourde. J'ai aussi un uniforme très strict que je suis obligé de porter tout le temps.

Ma patronne est très stricte, comme l'uniforme, et elle ne supporte pas de devoir attendre. En fait, il y a un million d'autres choses qu'elle ne supporte pas ; toute la journée, elle devient noire et rouge de colère, comme une carte à jouer, et tout autour d'elle, les têtes tombent.

 

Moi, j'en ai assez, de cette vie. Moi aussi, je veux flâner sur les chemins, aller à la pêche, cueillir les champignons. Je veux pouvoir m'arrêter en passant bavarder avec des amis et avoir des amis pour le faire. Je veux m'allonger au soleil, fermer les yeux et ne rien faire. Absolument rien.

Aujourd'hui, c'est décidé : je pars. Et rien ni personne ne me fera revenir !

 

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(Alice)

 

J'ai couru sans m'arrêter derrière le lapin blanc. Nous avons traversé l'herbe, la lisière de la forêt et la forêt, et les buissons, et les chemins et les carrefours. Je l'ai rattrapé juste à temps ; il allait entrer dans le terrier.

 

Il avait de longues oreilles, une fourrure blanche, il portait l'uniforme de la Reine de Cœur, mais ce n'était pas le Lapin Blanc. Ce n'était même pas un lapin. Plutôt... un lièvre?

Il m'a regardée droit dans les yeux.

- Que veux-tu, jeune fille ?

J'ai commencé à chercher mes mots sans les trouver :

- Je pense...

- Je pense à ce que je suis, là où je ne pense pas penser.

Et juste après m'avoir interrompu, il a disparu.

 

Je suis entrée dans le terrier juste derrière lui. C'était étroit et sombre, plein de poussière et de toiles d'araignées. J'avais du mal à avancer ; je n'avais jamais imaginé que le tunnel soit si petit.

Je rampais, appuyée sur les coudes, je me poussais comme je pouvais avec les jambes... Le lièvre de mars devait déjà être loin ; je ne l'entendais plus du tout...

Je n'aurais pas dû entrer, c'était trop petit, mais je ne pouvais pas faire demi-tour. Alors j'avançais... Je sentais des choses qui s'accrochaient dans mes cheveux mais je ne pouvais pas voir ce que c'était, il faisait trop sombre.

Enfin, je suis arrivée au bout du tunnel et je me suis laissée tomber.

En fait, je ne tombais pas, je flottais, je flottais vers le bas très très doucement. C'était si agréable de se sentir libre, légère. C'était l'air qui me portait, ou alors plutôt rien, un rien suffisait à me porter, j'étais légère comme une plume...

Autour de moi, sur les étagères, il y avait plein d'objets. J'avais tout le temps de les regarder en tombant. Des tasses, des livres scolaires, des cahiers, des photographies... Et même une trousse à maquillage mais je ne pouvais pas l'attraper, elle était trop loin.

Et puis enfin, je me suis posée sur le sol comme une plume.

 

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(Lapin Blanc)

C'est décidé : je pars ! Et rien ni personne ne me fera revenir ! Mais pour aller où ? Voyons, il faut un peu de méthode. Ce que je veux, c'est m'amuser ; c'est une chose dont je suis sûr. S'amuser doit être une question d'habitude. Une fois que l'on a trouvé comment commencer, cela vient sans doute tout seul...

Pour commencer, il me faut une tenue adéquate. Je ne peux pas rester dans l'uniforme de la Reine de Cœur – je l'ai trop mis, cet uniforme, tous les jours pendant des années et je ne me suis pas amusé une seule fois. Il me faut quelque chose de plus approprié. Un nouveau look.

Changer de couleurs, d'abord. Et puis, changer de motifs. Pas des cœurs, bien sûr. Des carreaux ? Non, des pois ! Voilà qui sera approprié. Et puis, il n'y a pas de Reine des Pois, cela prouve qu'il s'agit d'un bon choix.

Il ne reste plus qu'à choisir la couleur. Et à trouver la tenue, bien sûr. Ce qui est embêtant, c'est que je ne connais pas de tailleur. Juste un chapelier. Un chapelier fou doit bien avoir des costumes avec des pois ? Et puis, je pourrais prendre un chapeau, aussi, quelque chose de facile à porter tout en ayant une touche de fantaisie, un chapeau melon, peut-être?

 

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(Alice)

En bas, c'était le milieu du chapitre 1. Ou plutôt, un peu après le milieu du chapitre 1. C'était une pièce basse et longue éclairée par des lampes, avec des portes tout autour. Un rideau bas, qui cachait une petite porte, et une petite table à trois pied entièrement en verre. Mais il manquait la clé dessus.

Je ne me suis pas inquiétée ; je savais qu'il fallait que je fasse le tour de la salle avant de trouver la clé. Alors, j'ai vite fait le tour de chacune des portes, fait semblant d'essayer de les ouvrir et je suis revenue vers la table en verre.

Pas de clé.

J'ai fait le tour des portes une seconde fois, les essayant l'une après l'autre soigneusement, saisissant la poignée et tentant de la tourner à chaque fois, sentant le verrou qui la bloquait... J'ai même soulevé le rideau pour tester la petite porte, qui était fermée elle aussi, puis je suis revenue vers la table.

Toujours rien.

Je sentais les larmes commencer à monter à mes yeux mais ce n'était pas le moment de pleurer, non, pas tout de suite... J'ai fait le tour de la salle, encore et encore, plus vite, toujours plus vite, jusqu'à tourner sur moi-même, tourner de plus en plus vite... Les portes se superposaient entre elles, avec le rideau bas et cela ne faisait plus qu'une seule porte coupée en deux par un rideau, les petites lumières des lampes tournaient comme un manège avec tous les reflets renvoyés par la table de verre. Plus vite, de plus en plus vite...

Je me suis arrêtée juste avant de perdre tout à fait l'équilibre. Il a fallu quelques secondes pour que les choses reprennent leur place : les portes, les lampes, le rideau, la table basse.

Et sur la table basse, pas de clé. Pas de fiole. Rien.

Alors, les larmes ont été les plus fortes, une mer de larmes que je ne pouvais pas arrêter et qui montait, montait,. Je savais que ça ne servait à rien de pleurer, qu'il fallait attendre d'avoir bu la fiole, puis mangé le gâteau pour que la rivière me fasse sortir de la salle, mais c'était plus fort que moi. Ces larmes qui montaient comme la marée, rien ne pouvait les arrêter.

Alors, je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer. Les larmes se répandaient, ça faisait du bien de les lâcher et de les laisser s'en aller au loin, je ne regardais plus rien et d'ailleurs, je ne voyais plus rien non plus, rien que ces larmes qui étaient dedans et dehors à la fois...

Jusqu'à ce qu'une vague immense m'emporte et que je m'en aille avec elle.

 

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(Lapin Blanc)

Je suis vraiment très satisfait de mon nouveau costume. Je l'ai bien observé sous toutes les coutures en l'essayant et un seul mot convient : parfait. Il est seyant, original, élégant, avec beaucoup de personnalité... En un mot, dans ce costume, je me sens un nouveau lapin.

Prochaine étape : une partie de pêche. J'ai toujours eu envie de me mettre à la pêche ; c'est une activité qui a l'air si relaxante. Tout ce calme, le clapotis de l'eau, les gestes lents... Bien sûr, je ne mange pas de poisson mais c'est accessoire. Et puis, après tout, je pourrais peut-être pêcher autre chose ? Ne restons pas bornés par les conventions : une tasse de thé au bout d'une canne à pêche, ce serait parfait.

 

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(Alice)

J'ai repris pied près de la berge et je suis sortie de l'eau. La mer était immense. Mon reflet se brisait en tout un tas de petites vagues ; quand je le regardais, je ne savais plus qui j'étais.

 

(...)

très belle interprétation d'Alice à deux voix, en espérant voir ce projet se concrétiser et pouvoir lire le texte en entier! bon vent

J'adore le lapin, aussi bien dans le texte que les illustrations ! Bravo ! Je vous souhaite de tout coeur de trouver un éditeur !

J'adoore : c'est très agréable à lire et à regarder, loufoque à souhait avec des petits airs d'Emilie Jolie dans la narration. Très sympa ce texte à 2 deux voix :)

Merci beaucoup pour vos jolis commentaires ! C'est vraiment chouette d'avoir des retours sur notre projet.
On va croiser les doigts :)

Merci beaucoup pour ces commentaires. J'aimerais trouver quelque chose de plus original, mais juste... ça fait tellement plaisir. :)

Narration très originale, illustrations également... quel plaisir de sortir des sentiers battus !

- Réalisation : Fabrice Mérault & Ln -