Projet Tandem Jeunesse #9Georges Aupetitpois
Réalisé par...
Lisacut auteur
alicia illustratrice
Informations
Résumé
Texte
Georges Aupetitpois a une amoureuse
La lettre d’amour
Georges Aupetitpois est facteur dans un petit village de campagne. Il est bien maladroit. Pourquoi ce nom ? Les moqueurs vous diront qu’il a un pois chiche en guise de cerveau. Ses amis lui accordent son éternelle bonne humeur. Quand il fait ses tournées, il chante en permanence et arrive à dérider même les plus bourrus des villageois.
Il a ses habitués. Il garde pour la fin de sa tournée, cette lettre écrite avec une belle écriture ronde enfantine pour la petite grand-mère. Il sait déjà qui l’envoie. La vieille femme vit dans un endroit sauvage et très isolé. Il arrive très essoufflé, en haut de la colline, enlève sa casquette.
Elle parcourt la lettre rapidement :
- Hum, ma petite fille.
- Rentre, rentre Gros Georges, ne reste pas là ! Je vais te donner une citronnade pour ta peine.
Bedonnant, il la suit tout intimidé dans la cuisine. Elle le regarde à peine et grommelle :
- Elle vient pour les prochaines vacances.
Balourd, il reste debout et boit très vite.
- Attends, tu oublies ta sacoche. Il reste une lettre. Elle t’est adressée. A mon bien-aimée Georges Aupetitpois.
Gros Georges ouvre de gros yeux. Personne ne lui écrit jamais et pour cause, il ne sait pas très bien lire. Ses amis le savent bien. Il y a une belle faute d’orthographe : « bien-aimée » avec un « e ». La grand-mère respire l’enveloppe.
- Un parfum de femme. Aurais-tu une amoureuse, Gros Georges ? C’est peut-être une lettre d’amour
Le jeune facteur s’en empare tout rouge, et met la lettre sous sa casquette.
- Tu ne la lis pas ? demande la grand-mère étonnée
- Plus tard : répond-t-il la gorge serrée.
Plusieurs semaines passent. La lettre est restée sous sa casquette. Le parfum commence à disparaître. Il ne veut pas la lire. Aujourd’hui, la grand-mère n’est pas seule. Une petite fille le regard vif, est à côté d’elle. Gros Georges boit son rafraîchissement. La petite fille a l’air de s’ennuyer, tripote un morceau de pain sur la table de la cuisine, puis par jeu, se saisit de sa casquette. La lettre tombe.
- La lettre, la lettre, tu ne l’as pas lu : s’écrie la grand-mère.
La belle écriture bleue de la mystérieuse amoureuse a pâli. L’enveloppe s’ouvre pratiquement toute seule.
La petite fille curieuse, ne peut se retenir de lire le début :
- Mon aimé. C’est un poème d’amour.
Sa grand-mère la dispute :
- Cela ne t’est pas destiné, petite coquine.
Paniqué, il lui arrache des mains et remet la lettre sous sa casquette, toute froissée.
- Promets-moi de la lire et de ne pas la déchirer : dit la grand-mère.
Il acquiesce et reste muet. Qui est cette mystérieuse amoureuse ? Que veut-elle ? Veut-elle seulement une réponse ?
Le croqueur d’escargots
Gros Georges est têtu. Il range la lettre où les caractères s’effacent déjà, dans un bocal de sa cuisine, très haut sur son étagère et décide de l’oublier. Il continue sa tournée avec en tête, tous ses mots inconnus, masqués, qui lui piquent, excitent son cœur, comme un bonbon sucré dans la bouche dont on ne veut pas que le goût disparaisse.
La mystérieuse amoureuse n’a pas l’amour triste, et tous les jours, manifeste sa présence de différentes façons.
- Tu ne veux pas me lire, Gros Georges. Tu ne veux pas m’entendre et bien, tant pis pour toi. Je me manifesterai à toi de différentes façons. Je ne manque pas d’imagination : semble-t-elle murmurer.
Un enfant sur un vélo lui crie : J’ai un message pour toi. Passe une journée douce et agréable. Que mes pensées t’accompagnent, signée l’insignifiante amoureuse.
Une petite fille plus grave dans ses propos ajoute : Ami, ami, ne me jette pas dans l’oubli. Je serai ravie d’être ton amie.
Que de rimes, de paroles joyeuses, pour chanter un amour timide et craintif.
Gros Georges devient de plus en plus maussade. C’est une ombre, un poids qui le suit, l’accompagne comme un boulet, qui le précipite dans le gouffre du doute, du cauchemar. Qui peut se moquer de lui ainsi ?
Son seul réconfort, il le trouve dans son jardin et dans sa cueillette, son appétit gourmand pour les escargots. Il en attrape deux ou trois qu’il place dans son panier avec précaution. Un gros noir, un petit marron à la coquille presque incandescente. C’est son péché mignon. Si il ne se retenait pas, il les dévorerait d’un coup, à vif. Il ferme les yeux, approche sa grosse bouche mais le gros noir s’accroche à sa moustache.
- Tu ne vas pas me manger. Je ne suis pas très digeste et trop vieux pour toi.
Gros Georges reste éberlué, la bouche ouverte. Incroyable, il parle cet escargot, avec ses yeux sur ses antennes. C’est un rêve, ou bien sa dernière défense, son testament d’un condamné à être cuit, cuisiné.
- Je sais que tu as un grand cœur, même si tu as un grand estomac. Ton cœur est encore plus grand, énorme. Je le sais, je le connais. Ton amie me l’a dit. Même, si tu ne veux pas la lire. C’est pour mieux, la porter dans ton cœur. Tu as peur. N’aie pas de doutes, tu ne la verras jamais, si cela est ta volonté. Elle sera seulement un baume à ton cœur qui habite tes pensées les plus secrètes, une chaleur, un parfum entêtant et si charmant.
Gros Georges suit la progression du gros escargot jusqu’à le voir s’enfoncer dans les hautes herbes du jardin. D’où vient cette voix aiguë, joyeuse et triste à la fois ?
- Je serai invisible, à veiller sur toi, malgré toi, toi, toi.
Notre ami s’endort sur ses mots. Il a un sommeil agité. Il voit l’ombre noire de l’escargot se déformer, grandir, se déployer, devenir une grosse bonne femme inquiétante, le poursuivant, lui cloué sur place, ratatiné.
- Jamais, jamais : crie-t-il, révolté.
- Je serai toujours là, là : répond l’écho.
Le lendemain matin, il est tout pâle. Il veut saisir sa casquette, mais elle lui échappe, avance toute seule, comme animée par une force diabolique, saute sur place. Il finit par attraper son couvre-chef récalcitrant et s’attend à voir le gros escargot noir. C’est une grenouille, fort mécontente, qui s’éloigne de trois bonds. Le jeune facteur est nerveux, frileux, sue à grosses gouttes tout le long de sa tournée et sursaute en croisant chaque villageois.
Un groupe d’enfants chantonne :
- Lira-t-il, lira-t-il pas ? Notre ami Georges Aupetitpois, la lettre de la belle au bois dormant ? La lettre de la belle au bois fumant ?
Il soulève sa casquette. Il y a encore une lettre. Mais par quel stratagème, qui a pu la placer là, qui a assez de malice pour le faire ? La grenouille ? Marjolaine, la petite fille si taquine ? Elle rit toujours à son arrivée, comme si elle détenait des informations concernant notre petit facteur maladroit, et qui semblent beaucoup la réjouir. Dix jours, dix lettres, rangées bien sagement dans le bocal de la cuisine. Il n’en lira aucune.
Par son refus, il reprend confiance. Puis un jour, plus aucune lettre. Une semaine passe et trépasse. Georges Aupetitpois curieusement n’est pas heureux. Il est mal à l’aise. Il s’inquiète pour son obstinée correspondante. A-t-elle déménagé ? S’est-elle découragée ? A-t-elle trouvé un autre amoureux ? Il est dépité et à la fois soulagé de ne plus être l’objet de tant d’attention. Un vague sentiment d’abandon le traverse.
Dans son jardin, il a recherché en vain le gros escargot noir. Il ramasse des escargots et en fait une fricassée persillée monstrueuse, espérant faire réagir la mystérieuse amoureuse. Rien, même après avoir mangé des escargots bien chauds bien grillés.
Gros Georges veut savoir. Qui est cette femme ? La vérité ne lui fera peut-être pas plaisir ? A-t-elle une quelconque réalité ?
Il va lui écrire, mais il n’a pas d’adresse. Marjolaine semble la gardienne du monde de cette énigmatique bonne femme.
La lettre de Gros Georges
- La curiosité l’aurait-elle emporter sur la peur : s’écrie la grand-mère.
Embarrassé, il s’assoit sans un mot, serrant contre lui le bocal contenant toutes les lettres
- Tu ne les as pas ouvertes : constate la petite fille.
- Elle ne t’écrit plus. Tu es tranquille. Alors pourquoi les ouvrir aujourd’hui ?
Il secoue la tête la gorge nouée.
- Tu voudrais savoir ? Je vais les lire avec toi, si tu veux.
C’est une bonne idée. Mais commencer par laquelle ? Deux enveloppes collent. Un écriture différente pour colorer ses pensées. Gros Georges a enfermé la grenouille dans le bocal sans réfléchir. Une grosse faim le saisit. Il mangerait bien des cuisses de grenouille. Il salive déjà.
Marjolaine prend son rôle très au sérieux. Impossible de savoir dans quel ordre, sont arrivées ces lettres.
- On va les prendre une à une et décider que celle-ci, est celle du lundi, la deuxième celle du mardi, du mercredi, etc., tous les jours de la semaine d’une couleur différente, lundi bleu, mardi jaune, mercredi vert, jeudi noir, vendredi blanc, dimanche orange, le lundi d’après violet, mardi rose, couleurs médianes pour décrire des sentiments changeants incertains.
Une où plane l’espoir. Une écriture fine nerveuse malhabile, balbutiante :
- Gros Georges, nous étions amenés à nous connaître, nous reconnaître. Je suis si transparente que tu m’as vu sans le savoir et tu m’as souri. Qui suis-je ? Une sorcière, une fée, un insecte, un animal hideux…
Une angoisse le saisit. Un escargot. Il l’a peut-être mangé sans le savoir. Non, le gros escargot noir n’était pas dans son panier. Il regarde avec attention, la grenouille qui libre, s’est assise sur la table et semble en grande conversation avec la grand-mère. Elle lui aurait même fait un clin d’œil.
Prendre les mots à elle, à la mystérieuse amoureuse, les assembler pour constituer son propre message ? Marjolaine semble lire dans ses pensées. Découper les mots, les mettre dans le bocal, les mélanger, puis piocher au hasard, y trouver un sens caché, énigmatique. Voilà qui est fait. : fleur, amour, papillon, escargot, grenouille, soir, espoir, laide.
Gros Georges se gratte la tête et propose : Amour fleur, espoir papillon, soir escargot, grenouille laide, en jetant au batracien un regard noir. Cela serait la première phrase de notre apprenti poète. Marjolaine place chaque mot l’un à côté de l’autre avec beaucoup d’application et l’encourage :
- Continue mon ami.
Avoir un seul rendez-vous, être délivré du charme de cette femme mystérieuse et revenir à des plaisirs simples, comme croquer des escargots, manger des grenouilles, faire son jardin, enfin retrouver sa tranquillité de jeune et honnête facteur.
Il faut cultiver son jardin
Ecrabouiller les mots, les réduire, les malaxer, les égratigner, les laminer, les rendre lisses, dociles à l’expression de nos sentiments.
Gros Georges repart avec son bocal sous le bras et la grenouille sur l’épaule, qui croasse de joie. Il essaie de la chasser en vain. Elle saute sur sa casquette, s’accroche à ses boutons de redingote. Il court à toute vitesse. Elle va bien finir par tomber. Peine perdue. Elle remonte graduellement jusqu’au col de sa chemise, se trouve nez à nez avec sa moustache et semble vouloir lui donner un baiser.
- Hé, regardez Gros Georges a une nouvelle fiancée. Elle veut l’embrasser. C’est Gribouille, la grenouille ! : s’écrie un garnement effronté.
Furieux, le jeune homme attrape la grenouille à bras le corps. Visqueuse, elle glisse et grimpe sur sa casquette, hors de sa portée. Il marmonne tout le long du trajet et ne décolère pas. Il ne peut plus manger d’escargots, plus de grenouilles. Il est devenu mangeur de légumes, malgré lui.
Dans le jardin, il jette le bocal au loin. Ce dernier s’ouvre malencontreusement. Il murmure, entre ses dents : Gribouille, la grenouille.
Il arrache des poireaux, ramasse des cosses de petits pois, des haricots verts, sans relâche. Il finit par retrouver son calme, à la nuit tombée. La grenouille ne l’a pas quitté, assise sur sa casquette qu’il a déposé, pratiquement jeté sur le bocal.
Apaisé, il s’assoit et finit par somnoler. Une petite main légère s’est posée sur son front.
- Réveille-toi, mon ami. Tu vas attraper froid.
Une petite voix gracieuse retentit à ses oreilles. Une douce chaleur l’envahit. Il ouvre les yeux, tout doucement. Des pas précipités. Il croit entrevoir des petites jambes dans son carré de tomates, une jupe derrière les feuilles d’haricots verts. Il n’ose bouger, regarde ses grands pieds de géant. Il reste cloué sur place. La fée du jardin est venue lui rendre visite. Une messagère, son ange-gardien, son amoureuse ? Il veut en avoir le cœur net. Provoquer une rencontre, écrire une lettre et où poster la lettre ? Sous sa casquette ?
Gribouille la grenouille, le suit jusque dans son lit. Piètre compagne. Si il lui fait un baiser, elle va peut-être disparaître, dans un nuage de fumée. Elle saute sur la commode. Il essaie de la chasser, de l’enfermer dans le bocal. Il s’endort avec le souvenir très précis, très vivace d’une petite main sur son front. Et pour la première fois, il s’endort le cœur léger et ronfle de contentement, le sourire aux lèvres.
Son jardin va devenir son coin de prédilection. C’est en chantant qu’il reprend sa tournée. Il devient un jardinier assidu. Chaque soir, il feint de s’endormir recouvrant sa tête de sa casquette. Il finira bien par surprendre sa mystérieuse visiteuse.
- Il dort, tu crois. Il ne peut pas me voir : s’écrie une voix inquiète.
Une silhouette évolue entre chaque légume. Ombre fine, gracile entre les salades, les poireaux, le persil.
- Il est si timide, qu’il va rougir comme ses tomates et se cacher derrière tout ce qu’il pourra trouver : répond une grosse voix. Le gros escargot noir est là, désapprouvant l’attitude irréfléchie de la minuscule bonne femme.
- Ce mangeur d’escargots : ajoute-t-il avec rancune.
La petite jeune femme soupire, prend appui sur une des pattes de la grenouille.
- Je sais. Mais il ne l’a pas fait exprès.
- Qu’est-ce que tu peux lui trouver à ce grand benêt ?
- Je l’aime. Je n’y peux rien.
- Erreur, grave erreur.
- Il ne m’entend pas.
- Il n’est pas sourd. Je suis sûr qu’il nous espionne derrière sa casquette.
- Tu te trompes. Et même que je vais te le démontrer : trépigne la petite bonne femme.
Elle saute agilement sur un des pieds de Gros Georges, se hisse sur sa chemise et crie au gros escargot noir.
- Regarde. Je vais aller jusque sur sa casquette. Et il ne bougera pas
- Malheureuse. Imprudente : s’écrie effrayé le gros escargot noir.
- Il ne me fera pas de mal.
- Il va te manger, bête comme il est.
Gros Georges ne bouge pas tout à son ravissement, ouvre un œil pour ne rien louper du spectacle. Il ronfle bruyamment. La petite bonne femme se trouve déséquilibrée et va tomber. Il la recueille tout doucement au creux de sa main. Affolée, elle s’accroche à son doigt. Il veut refermer sa main pour la retenir. Elle plante ses dents pointus sur son index. Il pousse un hurlement, agite son doigt meurtri. Elle est projetée dans les airs. La chute risque de lui être fatale.
- Je t’avais prévenu : hurle l’escargot noir.
Mais la petite bonne femme a des protecteurs bienveillants, prêts à intervenir. Un papillon s’approche. Elle s’agrippe à ses pattes. Elle s’envole et crie :
- Pardon Gros Georges.
Amour papillon, espoir fleur, soir escargot.
Quelques mots pour imaginer, vivre cet amour tout neuf, si singulier. Ces paroles, Gros Georges en fait son miel. Il se les répète comme une formule magique, pour faire revenir son amie, sa belle, pas plus haute qu’un petit pois.
- savonootsieet voilà, je rempile cette année pour le@TandemJeunessese de belles rencontres auteur /illustrateur en perspective
- LnillustrationsAujourd'hui 20h, ouverture des inscritpions pour @TandemJeunesse 2012, 10ème édition. RDV ici les kikitandem-jeunesse.frSD







Waou, j'aime beaucoup les illu. Celle en haut à droite me fait penser à un tableau de Munch vu à l'expo... Pareil pour le blog. Surtout ne t'arrête pas ! :)
un grand merci pour ton commentaire, ça me touche beaucoup
J'aime bien les croqueurs d'escargots ! Et les illustrations sont très belles, mouvantes et ondulantes dans des coloris inattendus... joli !
Les illus sont adorables j'aime bcp !
C'est juste beau.
une histoire qui s'entortillonne et de très belles illustrations. bravo à vous 2